Routine

  • Auteur : Florine
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C’était toujours pareil.
La journée commençait par le réveil bruyant de mon téléphone, me sortant comme à chaque fois
de ma nuit trop courte. C’était toujours pareil, je me disais « encore cinq minutes » mais finissais
par sortir du lit au bout de quinze, m’obligeant à courir dans tout l’appartement pour être sûre
d’être à l’heure.
C’était toujours pareil, je rentrais dans le hall, les deux écouteurs dans les oreilles et le regard fixé
au sol, passant en trombe devant tout le monde, un petit sourire à la foule histoire de dire bonjour,
pour me réfugier dans la salle de classe. C’était toujours pareil, j’avais ma place au fond et une
règle très stricte que tout le monde avait fini par connaître « ne pas me parler à 8h du matin. »
C’était toujours pareil, cette sensation d’énervement constant, d’une frustration de plus en plus
tiraillant, d’une sensibilité bien trop fragile enveloppée d’une façade de pierre et d’indifférence.
C’était toujours pareil, il fallait sourire, participer, travailler, rester calme, correcte, respectueux,
chaleureux, heureux.
C’était toujours pareil, fallait rentrer à la maison, subir les questions, travailler, travailler encore,
s’ennuyer et s’ennuyer encore.
C’était toujours pareil. Et à chaque fois que je tentais de stopper ce cercle infernal par un sommeil
lourd et profond, en mettant mon corps sur pause, c’était les pensées qui revenaient au galop,
martelant mon sommeil sans lui laisser une seule chance d’en sortir indemne.

Puis il y a eu cette soirée.
Sans vraiment trop savoir comment, je me suis retrouvée à sortir avec mon groupe d’amis dans
un bar. Tu étais là, toi aussi. Ce jour-là, je n’aurai jamais pensé que c’est toi qui casserait ma
routine.
Avec toi, d’un coup le monde est devenu différent.
D’un coup, tu m’as donné envie de me lever le matin. J’avais envie de passer mes journées avec toi,
que ça soit par message ou même en vrai. J’aimais arriver en cours en me disant que ce soir ta
voiture serait sur le parking, prête à m’emmener loin d’ici pour une nuit. J’aimais ces messages de
bonne nuit, qui venait apaiser mon corps et mon âme avant de m’endormir, ces messages du matin
qui me donnait de la force pour la journée.
Et puis, tu m’as forcé à sortir, à sortir de ma zone de confort. Ces appels spontanés « habille-toi, je
viens te chercher » qui me forçaient à m’activer, ces sorties où l’on finissait simplement chez toi, à
se soûler sur le canapé comme deux idiots.
J’mangeais mieux, ça ne me faisait pas mal au ventre, même tes pâtes bolo’ complètement ratées.
Ça ne me gênait pas, nos blancs dans la voiture quand tu me ramenais chez moi, tard le soir. Ça ne
me gênait pas, de parler de toi avec les autres, d’entendre ton nom, qu’on me dise « t’as l’air
heureuse ce matin ». Ça ne me gênait pas de venir chez toi pour simplement regarder des vidéos
ou écouter de la musique. J’aimais t’entendre rire comme un gamin, me taper 2h de film d’auteur
pour au final t’entendre dire « c’était de la merde hein ? ».

Du jour au lendemain et sans que je ne m’en rende compte, tu es devenue ma routine. Jamais
auparavant je n’aurai pu imaginer qu’une routine pouvait changer, mais surtout pouvais faire du
bien. Mais avec toi, le monde est devenu différent.
C’est devenu ces trajets de bus trop longs lorsque je venais chez toi, trop courts quand je rentrais.
C’est devenu la petite boule au ventre au moment de passer le pallier alors que j’aimais tant venir
chez toi, entendre le son de ta voix.
Ta voix… Ma musique quotidienne, la seule mélodie que j’entendais, des paroles que seule moi
comprenait, que seule moi vivait, tu vois ?
Ma routine, c’est devenu la chaleur de ton corps lors de ses nuits trop froides, où je venais me
réfugier contre toi. C’est devenu ce soir d’été où trop éméchés pour penser, on s’est embrassé sous
la lumière d’un lampadaire. C’est ces baisers volés sur ma peau, tendue au contact de tes lèvres.
C’est devenu mes doigts dans tes cheveux, ta main caressant mes cuisses et ma joue. Mes caresses
dans ton dos, quand t’endormais paisiblement, après avoir fait l’amour.
Tes soupirs, tes rires, tes sourires. Mon Dieu, tes sourires.

C’était comme se jeter dans le vide. C’était affronter des choses terrifiantes, inconnues mais qui
rendait l’expérience si agréable, tu comprends ?
Tu as changé ma routine du jour au lendemain.
Un peu comme quand tu es partit.

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